Le ciel était gris, comme tous les jours. Si lourd de poussière et de fumée, que les rayons du soleil parvenaient à peine à le traverser. Un brouillard épais se deversait dans les rues de la Ville, comme un liquide poisseux et collant dont nul ne peut se débarrasser. Le silence le plus complet s'élevait dans les airs, inquiétant. Mais rien ne pouvait plus inquiéter les Habitans. Rien, hormis le Test. Ce fichus test que tous ceux de mon âge devaient passer ce matin même, cette horreur établie comme indispensable par les Dirigeants. Indispensable, bien sûr ! Comme si la cruauté était nécessaire ! Ce misérable examen était obligatoire, il se présentait son la forme d'un test d'intelligence des plus anodins, d'après ce qu'on m'avait dit, mais loin s'en faut. En vérité, il cerne la personnalité du « candidat », il révèle quelles sont ces capacités morales et mêmes physiques. Il déniche les futures élites et les futurs ouvriers. Et enfin, il décide qui est apte à vivre ou non. Les plus intelligents au même titre que les plus bêtes, les plus faibles et les plus forts, aucun des extrêmes n'est épargné. Obligation d'être dans la moyenne ! Ce matin-là, c'était à mon tour et j'avais peur, peur de ne pas être dans la moyenne. Tout le monde autour de moi restait distant, comme s'il ne voulait plus avoir affaire à moi, au cas où. Je ne savais plus que penser. De tout coeur j'espérais vivre. Je voulais vivre, je voulais fonder une famille, je voulais pouvoir la rendre heureuse... Mais si toutefois je devais être éliminée, comme mon cousin l'avait été l'an passé, je priais pour que ce soit parce que j'étais trop forte, trop intelligente pour cette pauvre Nouvelle société Humaine, cette bonne vielle NSH, comme disent les vieux.